Apr?s cinq semaines de confinement pour stopper la propagation du coronavirus Sars-Cov-2, ses effets sur les march?s et le co?t de l?lectricit? se comptent en milliards deuros. Tandis que ses effets sur la production et la consommation n?cessairement ?gales se traduisent par une d?carbonation massive en Europe, l?g?re en France et dans les pays d?j? d?carbon?s. En t?moignent les donn?es fournies par R?seau Transport et distribution dElectricit? (RTE) et une premi?re analyse de France strat?gie.
Soyons positif et commen?ons par la bonne nouvelle. Avec la chute des consommation, les ?nergies renouvelables intermittentes (?olien et solaire) prioritaires sur les r?seaux, et les autres productions d?carbon?e hydraulique, biomasse et nucl?aire assurent une part beaucoup plus importante de la consommation qui a diminu? de 15 ? 20% en moyenne en raison de larr?t de nombreuses industries, de commerces et de transports. M?me au plus fort de la crise ?conomique de 2008/2009 la baisse ne d?passait pas 5% par rapport ? lattendu. Du coup, la production d?lectricit? est beaucoup moins ?mettrice de CO2 ? l?chelle europ?enne. France Strat?gie souligne que ?selon le cabinet international Sia Partners, le confinement r?duit chaque jour les rejets de CO2 de 58 % en Europe. Sil devait se prolonger sur 45 jours, la baisse serait de 5 % en bilan annuel. ?
La consommation du 26 mars 2020 ressemble ? celle dun lundi de P?ques (ici celui de 2018) avec une baisse particuli?rement forte durant la matin?e. Source RTE. Mais cet aspect comme la diminution des pollutions urbaines avec celle des circulations de voitures et camions nest bien s?r pas structurel, il dispara?tra d?s la fin du confinement.
les ?missions de CO2 en grammes par kWh du 1er au 22 avril 2020 par le syst?me ?lectrique France m?tropole. Pour un syst?me ?lectrique d?j? tr?s d?carbon? comme la France, le r?sultat est assez radical. Avec des ?missions qui chutent vers les 15 grammes de CO2 par kWh produit en moyenne. En cette p?riode de lann?e, la d?carbonation de l?lectricit? (France m?tropole) devrait tourner autour de 90% de la production. L?, elle est presque toujours aux alentours des 95% montre ce graphique pour les 22 premiers jours davril avec des pointes temporaires ? 98% sur certaines heures :
Une forte r?silience
La production d?lectricit? ? partir d?nergies fossiles chute et se limite ? partir du 5 avril ? la cog?n?ration gaz qui sert aussi ? produire de la chaleur. Cette p?riode a ?galement montr? la tr?s forte r?silience du syst?me de production fran?ais, dans sa capacit? ? suivre cette chute, mais aussi ? sadapter ? une part plus importante des ?nergies renouvelables intermittente part due au quasi arr?t des productions de charbon et de gaz (graphique ci-contre).
Or, lintermittence des ?oliennes et des panneaux solaires, elle, na pas diminu?. Comme le montre ce graphique, la production ?olienne mesur?e au pas de temps de 15 minutes a vari? fortement, passant de moins de 1000 ? plus de 10.000 MW en puissance moyenne, une plage de variations habituelle pour cette p?riode de lann?e.
La production d?lectricit? ?olienne en France du 1er au 22 avril 2020. La puissance mesur?e sur un pas de temps de 15 minutes varie de moins de 1000 MW ? pr?s de 10.000 MW (source des donn?es RTE, graphique) . Ces variations nont bien s?r aucune corr?lation avec celles de la consommation puisque ces derni?res sont impos?es par la m?t?o et lalternance du jour et de la nuit (plus celle des nuages) pour la production photovolta?que. Voici les variations de cette consommation sur une ?chelle temporelle identique ? celle de la production ?olienne, ce qui permet de visualiser la totale d?corr?lation entre les deux :
Comment, alors, suivre tout ? la fois les variations de la consommation, celles de la demande ext?rieure et des productions ?oliennes et solaires qui ont priorit? absolue sur le r?seau ? La r?ponse tient en deux flexibilit?s : celles de lhydraulique et celle des r?acteurs nucl?aires, capables de faire varier leur puissance de 10% ? 100% de leur puissance nominale en quelques heures ? la commande.
Plans pr?vus
La salle de commande dun r?acteur nucl?aire ? la centrale de Cruas-Meysse (Ard?che) durant la crise de la Covid-19. La production nucl?aire devait tout dabord sadapter aux risques sanitaires et au confinement. Lapplication par EDF des plans pr?vus depuis plusieurs ann?es en cas d?pid?mie a permis de conserver une capacit? de production intacte avec des personnels r?duits aux fonctions essentielles de pilotages des installations. Donc, pas de souci en ce qui concerne la quantit? d?lectricit? disponible pour alimenter le pays. Mais il fallait plus : sadapter aux ?volutions de la consommation et ? leffet plus important des variations des productions ?oliennes et solaires. La souplesse du nucl?aire est visible sur ce graphique, o? lon voit quelle encaisse et compense les principaux sauts de la production ?olienne durant les 22 premiers jours davril (avec les baisses de production vers les 5 et 6, puis les 13 et 14 lors des p?riodes de vents forts), ainsi que des suivis de plus petites amplitudes contribuant ? ajuster production et consommation int?rieure et exportations.
La production nucl?aire du 1er au 22 avril 2020 o? lon distingue tr?s clairement sa capacit? ? sadapter ? de nombreuses variations, y compris les forts vents qui boostent l?olien ? deux reprises. Menace pour lhiver prochain
Cette souplesse ? toutefois un prix quil faudra payer demain : en bousculant les pr?visions dutilisation de luranium par les r?acteurs, on d?truit les planifications des arr?ts pour rechargement. Or, cette planification joue un r?le d?cisif dans le maintien dune forte capacit? de production durant les p?riodes de froids, en hiver, pour parer aux consommations dues au chauffage des b?timents. En faisant exploser cette planification, on ob?re la capacit? du syst?me ? suivre la grande variation annuelle entre p?riodes chaudes et froides. Or, le syst?me ?lectrique fran?ais nest pas en surcapacit? et fonctionne souvent ? ses limites lorsquil fait froid lhiver et les anti-cyclones font co?ncider ces p?riodes avec des productions ?oliennes d?risoires. On entre donc l? dans une zone dangereuse qui menace l?quilibre entre production et consommation pour lhiver prochain, voire plus si la situation se prolonge.
Quant ? lhydraulique, elle montre comme souvent sa pr?cieuse flexibilit? pour sadapter aux variations rapides, une flexibilit? technique, certes, mais favoris?e par la gestion centralis?e des barrages dEDF au service de lint?r?t g?n?ral (qui ne se r?duit pas ? la production d?lectricit?) menac?e par les projets de privatisation.
Production hydraulique (fil de leau et ?clus?e, barrage, station de pompage STEP) du 1er au 22 avril 2020. La crise sanitaire, le confinement et la chute de la consommation industrielle ont chamboul? les march?s de l?lectricit?, tant au plan national quau plan europ?en. Le prix de la tonne de CO2 ?mise a baiss? de 25 Euros la tonne ? 15 pour remonter ? 20 du 13 mars au 17 avril. Surtout, les prix des march?s de gros sont devenus fous. Avec une chute g?n?rale, logique puisque la capacit? de production exc?de une demande en diminution. Mais aussi des p?riodes de prix n?gatifs d?passant les -80? le MWh, notamment en Allemagne. Des prix n?gatifs dont lexplication technique est le co?t dun arr?t puis du red?marrage dune installation, notamment une centrale ? charbon et ? gaz. Ainsi, le mardi 21 avril, vers 12h heure solaire (14h), la production solaire allemande bouscule le march? et g?n?re une situation chaotique :
Cette chute des prix a propos? un formidable exemple de linanit? du syst?me de concurrence mis en place depuis une quinzaine dann?e en France. Des producteurs alternatifs qui nont de producteurs que le nom et revendent aux entreprises et particuliers l?lectricit? dorigine nucl?aire que la loi ARENH (Acc?s r?gul? ? l?lectricit? nucl?aire historique) oblige EDF ? vendre ? ses concurrents jusquau quart de sa production ? un prix fix? par la Commission de r?gulation de l?nergie (CRE) ont en effet demand?& ? voir les contrats quils avaient sign?s changer de prix. Heureusement, la CRE, puis le Conseil dEtat ont refus? cette arnaque monumentale, tout en acceptant quils ne payent pas les sommes dues pour non-soutirage de l?lectricit? command?e pour cas de force majeure.
Sylvestre Huet