Ce que les victimes doivent vérifier avant de signer
Beaucoup d’adhérents de l’Association des Victimes du Photovoltaïque se retrouvent, des années après le démarchage, face à une seconde épreuve : vendre la maison, déménager, et « transmettre » une installation qui n’a jamais fonctionné comme promis. Crédit encore en cours, société liquidée, Consuel manquant, production fantôme, toiture percée : l’acte de vente n’efface pas le litige. Il peut même le faire basculer sur l’acheteur — ou vous laisser coincé entre la banque, le notaire et Enedis.
Cet article rappelle les points de vigilance propres aux dossiers d’arnaque. Pour le déroulé administratif « classique » (avenant EDF OA, index, options de déménagement des modules), un guide pratique détaillé est disponible ici : Vendre et déménager une maison équipée de panneaux photovoltaïques.
Le piège le plus fréquent : croire que la vente « règle » le photovoltaïque
Non. La vente du bien et le sort du contrat d’installation, du crédit affecté et de l’obligation d’achat sont trois sujets distincts.
- Le notaire vend des murs et, le cas échéant, constate l’existence d’une installation. Il ne « lave » pas un démarchage abusif, un dol ou un crédit lié.
- EDF OA cède un contrat d’achat s’il existe encore. Si l’installation n’a jamais été mise en service correctement, il n’y a parfois rien à céder — sauf un passif.
- La banque continue d’exiger les mensualités du crédit photovoltaïque tant que le contrat de prêt n’est pas résolu, même si vous quittez la maison.
C’est pourquoi l’AVP recommande de faire analyser le dossier avant le compromis, pas après la remise des clés.
Petite aparté sur le mot « photovoltaïque »
Photovoltaïque vient de photo (la lumière) et de Volta (l’unité de tension électrique). Le mot décrit un phénomène physique simple. Les contentieux que nous traitons, eux, n’ont souvent rien de physique : ils naissent d’un devis signé à domicile, d’une rentabilité irréaliste, d’un crédit présenté comme « financé par le soleil », d’une pose bâclée ou d’une société qui disparaît avant le raccordement.
Check-list AVP avant de mettre le bien en vente
- Retrouver le contrat d’installation, les avenants, le bon de commande signé à domicile, et la date exacte de signature (délai de rétractation, démarchage).
- Identifier le crédit affecté : organisme prêteur, tableau d’amortissement, montant encore dû, éventuelle assurance emprunteur.
- Vérifier si l’installateur existe encore, s’il est en liquidation, et si une garantie décennale est mobilisable (attestation d’assurance de l’année des travaux).
- Rassembler Consuel, déclaration préalable en mairie, contrat Enedis, contrat EDF OA — ou constater officiellement leur absence.
- Comparer la production réelle (factures OA, compteur, monitoring) aux promesses commerciales d’origine.
- Faire constater l’état de la toiture (étanchéité autour des rails, infiltrations) : un acheteur s’en servira pour négocier, un expert s’en servira au tribunal.
- Ne jamais résilier seul un contrat OA « pour faire propre » : une résiliation maladroite peut faire perdre un tarif encore utile, ou brouiller les preuves.
Ce que l’acheteur va demander (et ce que vous devez pouvoir répondre)
Un acquéreur informé voudra savoir si les panneaux sont payés, raccordés, garantis, et s’ils produisent. Si la réponse est floue, deux scénarios apparaissent :
- la vente se fait avec une forte décote, des réserves d’usage, parfois une clause de non-garantie qui ne vous protège pas autant qu’on le croit ;
- la vente est retardée, le compromis est conditionné à des pièces que vous n’avez pas, et le dossier bancaire de l’acheteur bloque.
Transparence documentée vaut mieux qu’un silence qui explose chez le notaire. L’AVP peut aider à qualifier ce qui est un vice, ce qui est une simple vétusté, et ce qui relève encore d’un recours contre l’installateur ou la banque.
Crédit toujours en cours au moment du déménagement
C’est le cas le plus douloureux. Vous quittez la maison, les panneaux restent sur le toit (ou ne produisent rien), et les mensualités suivent. Points à ne pas improvisers :
- le crédit affecté est juridiquement lié au contrat principal d’installation : si ce dernier peut être anéanti (dol, non-conformité, démarchage irrégulier), le prêt peut suivre le même sort ;
- prévenir la banque par LRAR ne suffit pas toujours, mais l’absence de notification affaiblit le dossier ;
- ne signez pas à la légère un « transfert de dette » à l’acheteur sans analyse : l’acquéreur refuse souvent, et la banque davantage encore ;
- un avenant de cession OA n’est pas un avenant de prêt.
Déménager les cartons n’est pas déménager les panneaux
Dans la grande majorité des ventes, les modules restent sur la maison. C’est plus simple, moins cher, et c’est ce que le marché immobilier attend. Démonter pour emporter l’installation coûte plusieurs milliers d’euros, impose un professionnel RGE, une remise en état de toiture, et ne transporte généralement pas le contrat d’obligation d’achat, attaché à l’adresse de mise en service.
Les étapes concrètes (laisser / occuper le toit / démonter), le calendrier avec Enedis et EDF OA, et la liste des documents à remettre sont expliqués dans ce dossier : https://www.transbok.com/vendre-et-demenager-une-maison-equipee-de-panneaux-photovoltaiques/.
Ce que l’AVP peut faire à ce stade
L’Association des Victimes du Photovoltaïque accompagne les particuliers confrontés aux arnaques et litiges solaires : analyse de contrat et de crédit, orientation vers des recours, mise en relation avec des avocats habitués à ces dossiers, constitution de preuves avant une vente.
Contact : https://victimesduphotovoltaique.com/ — 01 73 04 80 70.
Si vous vendez, achetez ou quittez un logement dont l’installation solaire pose question, n’attendez pas l’acte authentique pour faire le point. Un compromis signé trop tôt fige souvent des erreurs que l’on aurait pu encore corriger.
À retenir
Vendre une maison avec des panneaux, ce n’est pas seulement un sujet de déménagement et de plus-value « verte ». Quand l’installation est née d’un démarchage, d’un crédit lié ou d’une pose non conforme, c’est d’abord un sujet de droits. Traitez le contentieux à part, documentez l’état réel de l’équipement, puis seulement enchaînez les formalités de cession décrites dans le guide pratique Transbok.